Sensibles aux images fortes et amoureux des belles choses du passé, les photographes new-yorkais Tyler Rizzuto et Deon Hinton ont donné naissance, à Brooklyn, à un lieu profondément inspirant. Véritable laboratoire de styles, la TAGE Gallery invite à faire dialoguer les héritages du monde au sein de nos intérieurs, pour y faire émerger une poésie nouvelle.

Quel parcours vous a menés à la TAGE Gallery ?
T.G. Nous sommes tous deux photographes. Notre amitié est née d’une passion commune pour les meubles et les décors. Nous avons rapidement planifié des road trips sur la côte Est américaine pour nous mettre en quête d’objets anciens. Sur le chemin de retour d’une expédition, nous nous sommes mis à rêver d’un espace où nous pourrions partager nos trouvailles avec les membres de notre communauté. Un mois plus tard, nous avions trouvé un lieu et un nom pour celui-ci. La TAGE Gallery a vu le jour de façon organique. Nous nous sommes fiés à notre instinct.
M.F. Pouvez-vous nous présenter l’espace que vous avez créé à Brooklyn ?
T.G. TAGE tient à la fois du showroom de mobilier et de la galerie d’art. Nous mettons en scène des objets et des œuvres d’art vintage de façon à composer des décors qui s’inscrivent dans un héritage, mot qui a inspiré le nom de la galerie. Nous agençons nos trouvailles un peu comme nous le ferions dans une maison, ce qui nous distingue d’une galerie plus conventionnelle.
M.F. Que peut-on trouver chez vous ?
T.G. La galerie propose une sélection de meubles, de luminaires et de petits objets vintage des quatre coins du monde. On y rencontre aussi bien des pièces brutalistes que mid-century, scandinaves, africaines ou encore Art déco. Nous nous laissons guider par notre passion pour les matières naturelles, et laissons les choses et lestextures se compléter dans notre espace.
M.F. De quelle façon votre expérience de photographes vous aide-t-elle à ordonner votre galerie ?
T.G. Dans notre métier de photographe, nous avons l’habitude de prendre constamment en considération la lumière et la couleur. Comme galeristes, nous commençons plutôt par déterminer une palette de couleurs pour l’espace et à observer la façon dont la lumière traverse celui-ci. Qu’il s’agisse de photographie ou de design, de campagnes de mode ou de projets résidentiels, nous aimons construire un univers dans lequel les gens peuvent s’évader.
M.F. Quelles sont vos icônes en design ?
T.G. Le génie et l’élégance intemporelle d’André Sornay et d’Isamu Noguchisont des sources intarissables d’inspiration. Leur approche poétique du design et de la matière correspond à ce que nous nous efforçons d’introduire dans notre galerie au quotidien. Nous nourrissons également une profonde admiration pour Charlotte Perriand et Jean Prouvé, maîtres dans leur talent à marier esthétique et fonctionnalité, et pionniers en matière de design modulaire. Ces designers ont une influence fondamentale sur la définition de notre goût et notre approche créative.
M.F. Que rêvez-vous d’apporter à l’architecture intérieure new-yorkaise ?
T.G. Nous souhaitons y insuffler une approche plus poétique de l’art d’habiter un lieu. À New York, nous sommes sans cesse amenés à nous dépasser. Dans ce grand tourbillon, les espaces où nous trouvons du répit peuvent manquer de sens. Nous aimerions beaucoup explorer le concept de présence et d’existence dans les intérieurs domestiques. Le concept de maison, subjectif par essence, devrait faire écho à la personnalité de chacun.
M.F. La designer belgo-congolaise Kim Mupangilaï a entrepris de démontrer l’influence manifeste de l’Afrique sur le style Art nouveau. Le même constat peut être fait au sujet de l’Art déco. En 2025, quelle perspective pourraient apporter des galeries d’antiquités sur ces héritages souvent méconnus ?
T.G. Notre époque pourrait mettre en lumière les liens entre des styles de divers horizons. À la TAGE Gallery, nous nous efforçons d’aller au-delà de l’intérêt esthétique pour explorer les contextes historiques et culturels dans lesquels les mouvements Art nouveau et Art déco ont vu le jour. Notre espace et notre inventaire mêlent des objets aux origines multiples qui, mis côte à côte, forment un ensemble harmonieux. Nous pouvons par ailleurs soutenir des designers qui s’attellent à réinterpréter ces héritages dans le respect des cultures dont ils sont issus. La designer Kim Mupangalaï et le galeriste Tione Trice, qui a fondé Of The Cloth, jouent un rôle exemplaire dans ce domaine. Nous nous voyons comme de modestes contributeurs à cette vaste entreprise qui consiste à mettre au jour de tels trésors.